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Les vivants et les ombres, de Diane Meur
Les vivants et les ombres, de Diane Meur
par Sarah Gandillot,
Les lectrices de notre Club se sont laissées séduire par "Les vivants et les Ombres", de Diane Meur. Une saga familiale dans la Pologne du XIX ° siècle. Un pavé aux accents tchekhoviens, à lire tranquillement au coin du feu. Les critiques de nos lectrices, rien que pour vous...
Nathalie, 36 ans, traductrice, Lyon
On se laisse emporter par cette saga familiale dans la Pologne du XIX ° siècle, contée par un étrange narrateur... la maison familiale ! Cette saga compte bien entendu bon nombre de drames, de joies, de scandales et de secrets de famille... Le style narratif est très agréable et on est très vite embarqués dans l'histoire de la famille Zemka et en particulier de ses femmes. C'est une galerie intéressante de portraits, de caractères et de tempéraments divers.
Les deux seuls bémols que je mettrais à ce récit sont le fait que je ne connaisse pas suffisemment l'histoire de la Pologne à cette époque, ce qui m'a rendu la lecture de certains passages assez ardue car l'auteur s'exprime comme si elle parlait à des gens plus initiés que moi à ce sujet et le fait qu'après la mort de la mère, Clara, l'histoire fait un bond en avant très rapide. On quitte des jeunes femmes à peine mariées pour les retrouver grand-mères. Cela m'a un peu détachée de ces personnages dont je me sentais ensuite moins proche car je n'ai pas pu suivre leur vie entre ces deux périodes et donc leur évolution.
Il peut également paraître un peu étrange à la fin que la maison narratrice se retrouve embarquée dans le corps de Tessa afin de pouvoir la suivre lors de son départ...
Je garderai toutefois un très bon sentiment de cette lecture que j'ai beaucoup appréciée.
Agnès, 40 ans, adjoint administratif, Vendôme
De prime abord, ce livre ne m'aurait pas attirée. Sa couverture est triste, uniforme et l'épaisseur du livre pourrait en repousser plus d'une. Mais j'aime lire et le "pavé" ne m'a pas effrayée.
C'est une superbe saga familiale que nous offre Diane MEUR, avec l'originalité de la narration vue par les yeux d'une maison. Celle-ci se mêle avec délice aux habitants qui la traverse au gré des années. Quelques lenteurs historiques et politiques qui ne déplairont pas aux ferrues d'histoire, où l'on découvre l'histoire de la Galicie et le lent processus qui a permis la fin du servage en Europe. Un roman au ton un peu suranné qui fleure bon le temps passé et la douceur de vivre de cette époque révolue contrastant avec celle rude des paysans asservis. Strass, noblesse, bourgeoisie, serfs et ouvriers, tout ce petit monde bigarré se mélange et sentremêle avec brio. L'auteur nous décrit également la place des femmes de cette époque qui n'avaient de vie que le nom. Beaucoup d'émotion à la lecture de ce très bon roman qui malgré le poids des pages est une véritable invitation à la rêverie. Le tout écrit dans un style épuré. Un plaisir à chaque ligne.
Frederique, 48 ans, évènementiel, Toulouse
Etonnant, surprenant… On entre dans ce roman un peu sur la pointe des pieds, impressionnée par l’ampleur de cette fresque familiale et la multitude de personnages, mais on est vite happé par le rythme que donne l’auteur à travers sa narratrice qui n’est autre que la maison de « famille » récupérée par la génération Zemka !
Par la finesse et la justesse de son écriture, l’auteur entraîne le lecteur à s’immiscer dans la vie de cette famille, à regarder vivre ses membres de génération en génération, à participer à leurs émois, à leurs envies, à leurs inhibitions, à leurs faiblesses.
Par le biais de cette demeure d’une indiscrétion dérangeante, qui s’insinue dans les pensées, les souvenirs de ses habitants, Diane Meur parvient à nous faire vibrer au grès de l’évolution voire de la métamorphose de chacun des personnages … Le style riche et érudit vous enveloppe, vous prend, vous fait pénétrer au plus profond de l’âme humaine et l’on se rend vite compte que dans cet univers clos, les sentiments, les relations entre les êtres, les motivations, les craintes, les drames humains sont d’un réalisme époustouflant qui démontre une parfaite adéquation de la fiction à la vie réelle.
C’est à mon avis un roman magistral, de la vraie littérature qui force le respect du lecteur et lui permet à la fois d’entremêler le rêve et la réflexion !
Solenn, 32 ans, recherche d’emploi, Bretagne
Mieux vaut avoir un peu de temps devant soi avant de se lancer dans la lecture de ce roman de Diane Meur : 700 pages, un contexte géographique et politique plutôt complexe, un style très riche. C’est un livre qui demande un peu de concentration. Mais une fois que l’on est plongé dans cette grande fresque familiale, difficile de s’en détacher ! Surprise, c’est une maison qui prend la parole pour nous raconter la vie de trois générations de femmes : Toutes très différentes mais promises à une même vie terne et étriquée, elles trouveront dans l’amour, le mariage, la religion, la fuite ou même la mort, l’occasion d’échapper à l’influence du patriarche Jozef. De toute sa hauteur, la maison nous guide dans le labyrinthe des sentiments humains, exacerbés dans ce quasi huis-clos... Aucune destinée ne peut paraître banale dans ce lieu envoûtant et l’on suit avec passion le cheminement de ces femmes, leurs difficultés à contourner les codes de la bonne société, à imposer leurs choix de vie. Sous ses allures plutôt classiques, et malgré quelques longueurs, "Les vivants et les ombres" est un roman rare, ambitieux et étonnant.


