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A l'abri de rien, d'Olivier Adam
A l'abri de rien, d'Olivier Adam
par Sarah Gandillot et Caroline Tancrede,L'histoire d'une femme perdue, en quête de sens. Une mère, une épouse déboussolée dans le Nord de la France... Voilà qui a résonné dans l'esprit de nos lectrices. Elles ont été bouleversées par le nouveau roman, très attendu, d'Olivier Adam, auteur de "Je vais bien ne t'en fais pas". Elles nous en parlent.
Un roman à double tiroirs
"A l'abri de rien" est un roman à double tiroirs : celui profond et vide d'une jeune mère de deux enfants qui se voit sombrer dans la dépréssion, avec une luciditité cruelle mais sans aucun recours possibles.
Celui aussi de l'univers boueux et effrayant des clandestin de l'après Sangatte. Car depuis la fermeture du centre, les réfugiés, tout aussi nombreux, n'ont d'autre choix que de se terrer dans des abris de fortune, avec la terreur au ventre d'une prochaine descente policière. L'histoire se déroule à Calais dans un univers pavillonaire, rempli de vide. L'ennui et la pauvreté y étouffent peu à peu familles, couples et individus
Ainsi que toute vélléité de s'en sortir. Bref le livre est lourd, pesant mais magnifique, à l'image de son héroine. Puis un soir de pluie au détour d'une route, celle-ci - le livre est écrit à la première personne et c'est une femme qui se raconte - voit sa vie basculer et prendre, du moins elle le croit - enfin un sens. Se lit d'une traite avec un effroi mêlé d'une sincère compassion pour ce destin où l'individu n'est protégé de rien.
Marie, 39 ans, institurice, Nord-Pas de Calais
J'ai lu le dernier roman d'Olivier Adam « A l'abri de rien » quasiment d'une seule traite, happée par les émotions, les pensées, le devenir de sa narratrice Marie.
Son univers a résonné en moi dès le début du roman. Certains passages n'ont pu que faire écho à ma vie de femme, à certains de mes doutes, à certaines de mes interrogations. D' un style simple et efficace, Olivier Adam restitue de façon réaliste le quotidien actuel des foyers modestes et le néant auquel se heurte Marie.
J'ai trouvé aussi de la poésie dans ses descriptions de la ville, de la plage, de la côte, de la mer du Nord... Une tendresse derrière la grisaille...
Ce roman ne m'a pas laissée indifférente face à la misère. Au contraire, je me suis sentie démunie mais pourtant interpellée par la cruelle réalité de ces réfugiés.
Tout au long du livre, j'ai eu l'impresssion de passer sans cesse de la haine et la violence des uns à la chaleur et aux mains tendues des autres. J'aurais eu envie de les aider tous, tout en sachant que moi aussi, comme Marie, je n'aurais pu que m'y perdre... Une phrase du roman restera dans mon esprit et mon cœur : " Dans la hiérarchie du pire on se contente de peu "...
Monica, 58 ans, orthophoniste, Menton
Un style vif, des personnages attachants, la douloureuse situation des émigrés, la profondeur des sentiments m'ont beaucoup touchée. Ces personnages de la vie de tous les jours, presque des "anti- héros", avec leurs lourds passés qui resurgit à la fois du côté des "nantis", ceux qui ont un toît, de quoi vivre "normalement ", et du côté de ceux qui fuient, physiquement, une situation impossible. Le parallèle est là, poignant. Marie porte le poids de la mort de sa soeur Clara et évoque "un moi ancien, le moi d'avant Clara, le moi d'avant sa mort, le moi qui n'avait peur de rien. Isabelle a perdu son mari et son fils et accueille "à travers" ces pertes infinies, une partie de la misère du monde jusque sous son propre toît. Je suis sensible à la quête effrénée de ces deux femmes qui tentent au bout de leur chagrin d'aimer l'Autre, de lui tendre la main au risque de se perdre et j'aime ce Stéphane qui ne joue pas au héros, mais qui sauve sa femme et sa famille, "cassant la paroi de verre" qui sépare Marie de sa vie et la protège une deuxième fois du marasme où elle s'enfonce encore . Ces êtres vibrent ensemble dans le chant de l'amour de l'autre et cet enchaînement entre eux m' a bouleversée. J'aurais cependant préféré qu'Olivier Adam se passe du lexique comprenant la famille des mots "putain, gueule, foutre".... Mais, tout comme la vie, rien n'est parfait... est-ce cela que l'auteur suggère en employant ce champ lexical ?
Elise, 26 ans, vendeuse, Paris 11e
Marie, mariée, deux enfants, vit près de Calais depuis toujours : Chômage, précarité, classe moyenne sont le quotidien de cette femme, comme des millions de français. Pourtant sa vie va peu à peu changer lorsqu’elle est amenée a s’occuper de refugiés. En peu de temps, sa vie et celle de ses proche vont s’en trouver bouleversées à tout jamais.
On pourrait croire que le lieu de l’intrigue, le Nord, fasse figure de simple décor, mais au contraire il englobe l’histoire. Ce paysage peut parfois sembler comme étouffant. Mais le spectacle, finalement c’est ce Nord, hargneux, et tenace, où tout disparait sauf lui.
Ce qui est intéressant, c’est qu’Olivier Adam s’attache aux details, ininteressant en apparence, mais qui au contraire retiennent toute l’attention, et qui soulignent avec justesse le quotidien d’une femme perdue qui cherche à se sauver en vain, d’une vie trop lourde à porter en aidant les autres.
Le ton dur du livre donne tant d’humanité à ses personnages, chaque detail evoqué dessine un peu plus la vie de ces gens denués… de vie, et de sens. Tout est pesant : le Nord, le quotidien triste des classes moyennes, la vie des réfugiés ; mais sous sa plume, Olivier Adam, nous livre un roman étonnement juste.
Caroline, 22 ans, comptable, Champagne-Ardennes
L'auteur s'exprime dans un langage populaire et utilise un vocabulaire ultra-réaliste pour nous familiariser immédiatement avec le personnage de Marie.
Grâce à ses minutieuses descriptions, on se retrouve parfois dans ce personnage féminin. En effet, l'auteur est extrêmement précis. Il détaille soigneusement l'univers proche du personnage : de l'appartement de ses parents, à la nourriture, ou la région, le Nord, où se déroule l'intrigue. L'auteur a su rendre son personnage attachant, par son réalisme. Ce livre décrit comment une simple existence peut se retrouver bouleversée par une recontre.


