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Le rapport de Brodeck, de Philippe Claudel
par Sarah Gandillot,Les lectrices ont lu pour vous en avant-première, "Le rapport de Brodeck", le nouveau livre de Philippe Claudel. Un roman complexe, sombre, sur la haine, la peur et la lâcheté humaine pendant la seconde guerre. Nos lectrices ont été bouleversées.
Le rapport de Brodeck, de Philippe Claudel
Après l'immense succès remporté par Les Âmes grises, en 2003, Philippe Claudel revient avec Le rapport de Brodeck, un roman complexe, sombre, sur la haine, la peur et la lâcheté humaine. Le roman se situe pendant la seconde guerre mondiale, dans un petit village reculé, qu'on suppose être dans l'Est de la France. Brodeck, homme dévasté par l'expérience des camps de la mort, est chargé de rédiger un étrange rapport...
Sophie, 34 ans, Saint Maur des Fossés, professeur d’Allemand
On attendait Philippe Claudel après le succès des Ames Grises et de La petite fille du Dr Linh. Cette fois-ci, il nous emmène dans un petit
village d'Allemagne après « la guerre ». Là vit Brodeck, préposé à la transcription de rapports sur la faune et la flore et qui se voit un jour chargé d'une curieuse mission : établir un rapport sur l'Evénement et l'arrivée de l'Etranger (der Andere) il y a peu au village. Au fil de son rapport,Brodeck nous relate sa propre histoire, son passé douloureux dans un camp et ce personnage étrange qu'est l'Andere. On regrettera quelques longueurs interminables et une intrigue qui peine à se mettre en route. Néanmoins, Claudel signe là un conte allégorique peu banal sur la monstruosité de la Shoah, la xénophobie et la traîtrise. Lecteurs de romans de plage s'abstenir car le dernier Claudel s'adresse à des lecteurs avisés et sensibles au devoir de la mémoire collective.
Christiane, Paris, retraitée
Le suspense est ce que j'ai préféré et j'ai été très touchée par l'histoire qui
est poignante. Brodeck, le personnage principal est étranger au village. Il
y est juste toléré et y vit plutot en spectateur. Il a subi des choses terribles en camp de concentration ce qui lui donne une attitude de soumission. On l'oblige à rédiger un rapport sur un crime auquel il n'a pas assité. Le style est très agréable, l'écriture recherchée avec des descriptions très
imagées qui font appel à nos sens. Ce roman parle de l'intolérance, de la cruauté, du désir des hommes d'effacer de leur mémoire les horreurs qu'ils ont commises .
J'ai beaucoup aimé l'histoire que j'ai supposée se passer en Alsace en pensant tristement que cela aurait pu se passer ...
Caroline, 28 ans, Reims, Juriste
J'ai beaucoup aimé ce roman à mi-chemin entre la fable fantastique et une allégorie politique puique l'auteur y dénonce la monstruosité de la Shoah et la peur de l'étranger, de "l'Anderer".
Claudel nous rappelle, sans concession, la laideur de notre monde et la façon dont des hommes se transforment en bourreaux par bêtise ou lâcheté.
Comme dans les précedents ouvrages de Claudel, on est d'emblée séduit par sa plume ciselée qui nous offre une grande varieté de vocabulaire et des descriptions riches et incroyablement réalistes des paysages et des personnages, de leurs postures physiques à leurs états d'âmes.
Le personnage principal, Brodeck, seul lettré d'un village perdu au coeur des montagnes où on parle un dialecte millénaire, est un antihéros.
A aucun moment il ne cherche à se disculper ou à minimiser ses actes et c'est cette acceptation qui est d'autant plus émouvante et qui touche le lecteur.
L'originalité de cet ouvrage réside dans l'idée du rapport que Brodeck doit rédiger à la demande du maire du village afin de justifier le meurtre de l'anderer. Cela donne lieu à un roman à tiroir peuplé de souvenirs du passé et de fantômes enfouis profondément dans les mémoires, et est l'occasion pour le héros de se livrer à un véritable examen de conscience.
Marie Hélène, 32 ans, Sarcelles, historienne d’art
1/ PREFERENCE
Ma préférence va aux catalogues de mots utilisés par l'auteur, mettant en scène les notions de Bien et de mal : les événements terribles se déroulent en hiver, lorsque le village paraît encore plus isolé par la neige, pendant la nuit ou dans des endroits sombres, étouffants ; seuls les personnages vils y sont alors décrits, par opposition aux moments plus légers, par exemple, lors de l'arrivée de l'"Anderer", au printemps, en fin de journée, il avait "une grosse tête ronde de gros et bon enfant" (p. 21).
2/ EMOTION
J'ai été touchée par la dédicace et la citation introduisant ce roman, si révélateurs de son intrigue.
3/ LE PERSONNAGE PRINCIPAL
Brodeck relate des évènements subis par les habitants du village où il a été élevé - comme les actes de barbarie sous l'Occupation -, mais aussi de l'inhumanité de ces derniers, lorsqu'ils avaient le choix de leurs actes. Il se singularise d'eux par son envie de solitude, entouré seulement de sa famille, sans toutefois que chacun de ses membres ne soit insensible, bien au contraire.
4/ LE STYLE DE L'AUTEUR
Philippe Claudel nous décrit en effet à merveille la bêtise de la foule, cette masse d'"hommes comme vous et moi" (p. 26) mais qui suivent quelques personnes perfides. La malveillance de ces derniers est cachée par la peur qu'ils ont su sournoisement développer et amplifier à partir de dangers réels ou le plus souvent imaginés. Cette peur l'emporte sur la Raison.
5/ L'HISTOIRE
Brodeck, revenu d'un camp de concentration retrouve outre la femme qui l'a élevée, une épouse choquée, repliée sur elle-même, mère d'une adorable petite fille, presque encore un bébé. C'est l'amour mutuel des époux qui leur a donné une raison de survivre.
Certains êtres, somme toute nombreux mais esseulés, sont mis à l'écart parce que différents de la masse : tels un homme avec un visage aux traits autres, une femme offrant l'hospitalité à trois jeunes filles étrangères, un visiteur peu loquace mais clairvoyant, un chien errant plus ou moins abrité et nourri par les villageois qui le tolèrent sans néanmoins créer un climat de confiance, sans le considérer... Autant d'exemples qui illustrent l'indifférence face à la différence, que la peur créée et amplifiée par une multitude de gens transforme rapidement en cruauté, qu'ils essaient de dissimuler et qui les entraîne vers de sombres actes.
6/ CONCLUSION
J'ai bien aimé ce roman, il met l'accent sur ce qu'est la peur au sens fort : elle nous rend plus mort que vif. Brodeck choisi de ne pas la laisser l'envahir : lorsqu'il se retourne une dernière fois vers le village, tout a disparu car il accepte de quitter les chimères de ses habitants, dont lui et sa famille ont été les victimes.


